Une entrée thématique
Morale et justice.
Le juste, la responsabilité, le respect de la différence : quand les récits font réfléchir.
Qu'est-ce qui est juste ? Que doit-on aux autres, au plus faible, au vivant ? Les récits pour la jeunesse mettent en scène le partage et l'égoïsme, l'obéissance et la désobéissance légitime, l'injustice subie et la solidarité. Ils donnent à réfléchir en faisant éprouver de l'intérieur ce que veulent dire l'équité, la responsabilité et le respect de la différence.
Cette thématique rassemble les textes du site qui interrogent le juste, la responsabilité et le respect de l'autre. Trois manières d'y entrer : une Traverse pour un regard ciblé, une Station pour une œuvre lue de près, un Parcours pour prendre du champ.

Le prince Sauvage et la renarde, de Jean-Philippe Arrou-Vignod
Pris dans son propre piège, un prince chasseur dépend tout un hiver d'une renarde dont il porte la peau des petits. Un conte peint sur la transformation d'un prédateur.

Ça va, de Ye Guo
Une chèvre et un lapin deviennent amis au supermarché. Café sucré ou non, train manqué, porte trop basse : l'amitié tient aux petits ajustements.

Flon-Flon et Musette, d'Elzbieta
La guerre change le ruisseau qui reliait deux petits lapins en haie d'épines. Un conflit raconté à hauteur d'enfant, à travers ce qu'il voit et ce qu'il perd.

Qu'est-ce qu'une frontière ?, de Gudol
Vingt-quatre frontières du monde, vues d'en bas puis d'en haut. Une même ligne ne signifie pas la même chose pour tous, et l'oiseau ne la voit pas.

Star-crossed lovers, de Mikaël Ollivier
La fille du délégué syndical et le fils du patron s'aiment pendant que l'usine ferme. Un Roméo et Juliette raconté à deux voix.

Les petits bonshommes sur le carreau, d'Olivier Douzou
Une vitre sépare l'enfant au chaud des sans-abri du dehors. Le livre bascule d'un côté à l'autre, jusqu'à ce que la frontière se dérobe.

Le Chant de la baleine, de Sang-han Kim
Une fillette qui marche avec des béquilles rêve de rejoindre la mer, tout en bas du village. Un album coréen où l'espace dit le handicap.

C'est à qui ça ?, de Coralie Saudo et Matthieu Maudet
Des animaux ramassent les déchets tombés chez eux et les rapportent à leurs propriétaires, persuadés qu'ils les ont perdus. Le malentendu suffit à retourner un geste devenu banal.

Là où vont nos pères, de Shaun Tan
Un récit graphique sans paroles : l'écriture du pays d'arrivée reste indéchiffrable, et le lecteur perd ses repères en même temps que le personnage.

L'Indien de la tour Eiffel, de Fred Bernard et François Roca
Une fausse une de journal désigne le coupable dès la première page. L'album reprend les mêmes faits jusqu'à faire tomber l'évidence, dans un Paris de 1889 peint à l'huile.

Une petite princesse, de Frances Hodgson Burnett
Affamée, elle donne cinq petits pains sur six. Sa générosité se mesure désormais à un manque qu'elle éprouve elle-même.

Le Portrait du Lapin, d'Emmanuel Trédez
La peur de paraître ignorant suffit à faire passer une toile blanche pour un chef-d'œuvre.

Dix millions d'étoiles, de Robin Roe
Julian a appris à croire qu'il mérite ses « corrections ». Il faut le regard d'un autre pour que cette évidence se fissure.

Mon ami Frédéric, de Hans Peter Richter
Un narrateur qui aime son ami juif, le défend parfois, puis se retrouve dans la foule un soir de pogrom.



La loi de 1949 : protéger les enfants ou surveiller l'imaginaire ?
Quand protéger l'enfance revient à décider quels héros elle peut admirer et quels mondes elle a le droit d'imaginer.

Macao et Cosmage, d'Edy-Legrand
La « Civilisation » débarque sur une île heureuse. Le récit la célèbre, les images racontent le contraire.

Longue vie aux dodos, de Dick King-Smith
Symbole des extinctions dues à l'homme, le dodo trouve dans la fiction un refuge : et s'ils avaient survécu ?



L'enfant du peuple entre en littérature
Pauvreté, exploitation, inégalités : comment le récit fait de l'enfant du peuple un sujet, sans le récit obligé de réussite.

Mielours et les abeilles, de Mylène Rigaudie
Au village, la rumeur juge un nouvel ours avant de le connaître : une comédie sur les préjugés, où l'enquête vaut mieux que les idées toutes faites.

Clown, de Quentin Blake
Rejeté d'un intérieur cossu, un jouet trouve de l'aide dans un foyer pauvre : un album sans texte sur l'entraide et le contraste social.

L'Indien du placard, de Lynne Reid Banks
Quand le jouet dit non : Omri apprend à respecter l'autre et à répondre de sa vie, jusqu'à corriger ses propres clichés.

Afirik, de Lorris Murail
Une uchronie qui inverse l'histoire de l'esclavage : des Blancs réduits en servitude, un vocabulaire de domination soudain rendu étrange.

Dans sa maison, un grand cerf, de Jutta Bauer
Accueillir celui qui, hier encore, faisait peur : une comptine où le refuge finit par s'ouvrir au chasseur.

Le Prince tigre, de Chen Jiang Hong
Un conte où l'on choisit la transmission plutôt que la guerre : comment rompre le cercle de la vengeance.


Les Contes du chat perché : la ferme enchantée
La morale y glisse entre les doigts. Sous l'humour, la rudesse de la ferme : le saloir attend le cochon, la boucherie le vieux cheval.

Le môme en conserve, de Christine Nöstlinger
Une satire du rêve adulte d'un enfant réglé une fois pour toutes. En face, le droit de l'enfant à n'être pas conforme.

Rêves amers, de Maryse Condé
Le parcours d'une enfant exploitée en Haïti, jusqu'à un dénouement que le roman refuse d'adoucir.

J'étais un rat !, de Philip Pullman
La presse change un enfant en monstre à exterminer. Un prolongement de Cendrillon sur le pouvoir de nommer et la fabrique de la rumeur.



Devenir soi sous le regard des autres
Un surnom, une réputation, un stigmate : de Petit-Bleu et Petit-Jaune à Ruby tête haute, comment les récits explorent l'identité quand les autres décident qui nous sommes.

Cheval de guerre, de Michael Morpurgo
Un cheval traverse les deux camps de la Grande Guerre et juge chacun selon la manière dont il le traite. La condition animale comme regard moral sur le conflit.

Max et les poissons, de Sophie Adriansen
La rafle du Vél d'Hiv racontée par un enfant qui voit tout sans comprendre. Pour survivre, Max doit devenir François et taire jusqu'à son nom.

Les Cousins Karlsson, de Katarina Mazetti
Quatre cousins enquêtent sur des intrus, l'été, sur une île suédoise. Leur chasse se change en accueil quand les silhouettes deviennent deux enfants exilés qui n'ont plus rien.



La littérature jeunesse peut-elle faire de la morale sans moraliser ?
De la fable de La Fontaine à Yakouba, de Rêves amers à Ce n'est pas mon chapeau : comment une œuvre porte des valeurs sans réciter de leçon, en laissant au jeune lecteur le soin de juger.

Le Petit Chaperon rouge, de Charles Perrault
La moralité de Perrault met en garde contre les « loups doucereux », ceux qui séduisent par leurs manières aimables. Un avertissement plus troublant que la peur de la bête.


Tobie Lolness : vivre dans un arbre-monde
Un héros d'un millimètre et demi vit dans un chêne devenu un pays. Chez Timothée de Fombelle, le changement d'échelle apprend à regarder et l'arbre menacé devient une fable écologique qui parle du nôtre.

Histoire d'une mouette et du chat qui lui apprit à voler, de Luis Sepúlveda
Un chat du port jure à une mouette mazoutée d'élever son petit et de lui apprendre à voler. Tenir parole, ici, oblige à devenir plus grand que soi.

Loulou, de Grégoire Solotareff
Un loup et un lapin deviennent amis, jusqu'à ce que le jeu de la peur dérape. Solotareff déplace l'opposition de conte vers une vraie question sur la confiance et l'écoute.

La souris de M. Grimaud, de Frank et Devin Asch
Un chat s'attable devant une souris vivante, mais la proie se met à parler avec une politesse parfaite et retourne le rapport de force. Une comédie grinçante et maligne.

Le Roman de Renart
Cour, procès, serments et pardons : une société animale où les puissants prétendent rendre justice et où le rusé s'en tire toujours. Une satire qui grince.

La Barbe bleue, de Charles Perrault
Une maison, un trousseau de clefs, une porte interdite et une clef tachée de sang : le conte d'interdit de Perrault, où la curiosité met au jour un crime.

La jeune fille, le Diable et le moulin, d'Olivier Py
Olivier Py réécrit pour le théâtre un conte de Grimm : un pacte avec le Diable, des mains coupées, l'exil et la réparation. Une œuvre qui regarde le mal en face sans renoncer à la joie.



Le Petit Poucet : la grandeur du plus petit
Chez Perrault, le plus petit de la fratrie triomphe sans force ni magie : par l'écoute, le coup d'œil et l'art obstiné de rester vivant.