Couverture de Histoire d'une mouette et du chat qui lui apprit à voler, de Luis Sepúlveda (Métailié / Seuil).
© Éditions Métailié / Seuil · Couverture : Yann Arthus-Bertrand.
Titre Histoire d'une mouette et du chat qui lui apprit à voler
Auteur Luis Sepúlveda
Traduction Anne-Marie Métailié
Titre original Historia de una gaviota y del gato que le enseñó a volar
Première publication 1996
Édition française Métailié / Seuil, coll. Suites, 2004
Couverture Yann Arthus-Bertrand
Genre Récit animalier à portée écologique
Âge indicatif À partir de 9 ans

Thèmes principaux : promesse, adoption, écologie, différence, liberté.

Un serment sur le balcon.

L'histoire s'ouvre en mer du Nord. Kengah, mouette du Phare du Sable Rouge, pêche avec les siens lorsqu'une nappe de pétrole la surprend. La « peste noire » colle à ses plumes, l'épuise et l'éloigne du vol. Elle parvient pourtant à rejoindre Hambourg et s'abat chez Zorbas, un « chat grand noir et gros » resté seul pendant les vacances de sa famille humaine. Avant son dernier souffle, Kengah lui demande de protéger l'œuf qu'elle va pondre, de veiller sur le poussin et de lui apprendre à voler.

La promesse est folle. Zorbas le comprend aussitôt. Il l'accepte quand même, parce qu'une parole donnée par un chat du port engage plus qu'un élan de compassion. De l'œuf blanc taché de bleu naît une petite mouette que les chats appelleront Afortunada, « la fortunée ». La voilà nourrie, cachée, défendue contre les dangers du port, au milieu d'animaux qui l'aiment sans pouvoir lui ressembler.

Un récit écologique qui respire.

La nappe noire donne au récit sa gravité. Plus loin, Vent-debout, le chat marin, évoque les barils d'insecticide, les pneus et les bouteilles de plastique retirés de l'Elbe. L'océan apparaît comme un monde abîmé par l'activité humaine. Sepúlveda garde pourtant le mouvement d'une aventure. Dans le bazar d'Harry, les décisions se prennent avec un sérieux comique : on consulte l'encyclopédie, on discute avec les rats, on cherche des solutions impossibles. Le rire ne détourne pas de la blessure écologique. Il rend l'histoire plus vive.

Ce que le livre fait vraiment.

Le cœur du récit se joue dans la relation entre Zorbas et Afortunada. Élevée parmi les chats, l'oiselle finit par vouloir être l'une des leurs. Zorbas lui rappelle alors qu'ils l'aiment comme mouette. Cette scène donne au roman sa portée la plus juste. Apprendre à voler, ici, signifie accepter sa propre nature tout en gardant l'amour de ceux qui vous ont recueilli.

La fin, au clocher de Saint-Michel, assume une émotion directe. Les chats brisent leur loi et demandent l'aide d'un poète, choisi parce que Zorbas l'a entendu « voler avec ses mots ». Sous la pluie, Afortunada prend enfin son envol. La morale est visible, parfois appuyée. Elle passe pourtant par des personnages assez drôles et vivants pour échapper à la simple leçon. On garde surtout l'image d'un chat qui tient parole, jusqu'au moment où l'autre peut enfin partir.

© Éditions Métailié / Seuil · Luis Sepúlveda.