Motifs principaux : pacte, Diable, forêt, mains coupées, ange gardien, guerre, lettres falsifiées, exil, réparation.
Un pacte, une erreur, une vie brisée.
Tout commence dans la forêt. Un père pauvre rencontre le Diable, qui lui promet la richesse en échange de « ce qu'il y a derrière son moulin ». Le père pense au vieux pommier. Il se trompe : derrière le moulin, il y a sa fille. Trois ans plus tard, le Diable revient réclamer son dû.
La jeune fille résiste pourtant. Le cercle de craie, les mains lavées, les larmes empêchent le Diable de l'approcher. Alors celui-ci exige davantage : que le père lui coupe les mains. La scène est terrible, mais Olivier Py ne cherche pas l'effet facile. Il avance à hauteur de conte, dans cette zone étrange où l'on tremble tout en continuant d'écouter.
Une héroïne à qui l'on prend tout, sauf le mouvement.
Après la mutilation, la jeune fille refuse de rester dans la maison enrichie par son sacrifice. Elle part. Sur la route, elle n'a plus ses mains, presque plus sa voix, mais il lui reste une faim, un désir minuscule : manger une poire. C'est peu, une poire. Ici, c'est déjà le retour de la vie.
Le personnage de l'Ange ne règle pas tout. Il ne gomme ni la blessure, ni l'exil. Il fait un pont de son corps pour l'aider à traverser la rivière et atteindre le verger. Le Jardinier la voit, prévient le Prince et la rencontre a lieu. Le Prince l'accueille, l'aime, l'épouse, puis lui offre des mains d'argent. On pourrait croire le conte réparé. Ce serait aller trop vite.
Quand le mal revient par les lettres.
Le lendemain du mariage, le Prince part à la guerre. La Princesse reste au palais, enceinte, dans l'attente. Quand l'enfant naît, le Jardinier envoie au Prince une lettre de joie. Le Diable l'intercepte et la remplace par une lettre d'horreur. Le Prince répond avec amour, demandant que l'on protège l'enfant quoi qu'il soit. Le Diable falsifie encore le message et fait croire qu'il ordonne de tuer le nouveau-né.
Le Jardinier désobéit. Il ne tue pas l'enfant, substitue les yeux et la langue d'une biche, puis fait fuir la Princesse avec son fils. La voilà de nouveau sur la route, mais autrement : elle n'est plus seulement une fille mutilée, elle est une mère qui protège. L'Ange lui donne une cabane où vivre cachée. Sept ans passent.
Un théâtre de la noirceur et de la joie.
Lorsque le Prince revient de la guerre, le Jardinier lui montre la fausse lettre. Tout s'éclaire : le Diable s'est glissé entre les êtres en déformant leurs paroles. Le Prince part alors chercher sa femme et son fils dans la forêt. Il les retrouve sans les reconnaître d'abord. Les mains de chair ont repoussé ; les mains d'argent demeurent comme preuve de l'ancienne blessure. Le miracle n'efface pas ce qui a eu lieu. Il dit autre chose : la vie peut revenir, comme les feuilles reviennent aux arbres.
Même les deux squelettes comiques, surgissant au milieu de l'attente, ont alors leur place. À la question « Qu'est-ce que l'art ? », ils répondent : « Dire d'un mot la mort avec la joie. » Difficile de mieux résumer cette œuvre.
© L'École des loisirs · Olivier Py, d'après La jeune fille sans mains des frères Grimm.