Thèmes principaux : ruse, parole, mensonge, justice, pouvoir, satire de la société, rire.
Un « roman » en branches.
Le titre peut tromper. Le Roman de Renart n'est pas un roman continu avec une intrigue unique qui conduirait tranquillement vers sa fin. C'est un ensemble d'histoires, ou « branches », qui ramènent sans cesse le lecteur vers le même personnage : Renart, un goupil passé maître dans l'art de tromper.
Le mot goupil mérite une pause. Au Moyen Âge, c'est ainsi qu'on nomme l'animal. Renart est d'abord un nom propre, celui du héros. Le personnage aura un tel succès que son nom finira par remplacer l'ancien mot. Premier tour réussi : Renart a même changé la langue.
Le charme mauvais de la ruse.
Le prologue prévient d'emblée : Renart n'est pas un modèle. Sa grande arme n'est pas seulement sa vitesse ou ses crocs, mais sa parole. Il flatte, promet, jure, se dit cousin, ami, pénitent ou victime. Presque toujours, quelqu'un finit par le croire.
Dans la ferme de Constant des Noues, Renart tente de s'emparer de Chantecler. Le coq se méfie mais le goupil sait où frapper : il vante le chant de son père. Chantecler, flatté, ferme les yeux pour mieux chanter. Renart le happe et s'enfuit. La scène pourrait s'arrêter là. Mais le coq reprend la main en l'obligeant à répondre aux paysans lancés à sa poursuite. Dès que les mâchoires s'ouvrent, il s'envole. Chez Renart, la ruse circule. Elle peut aussi changer de camp.
D'autres épisodes le confirment. Tibert le chat lui subtilise une andouille, grimpe sur une croix et la mange, hors d'atteinte. Drouin le moineau parvient à se venger après que Renart a dévoré ses petits. Dans ce monde, même les victimes apprennent à tromper.
Des animaux, vraiment ?
Le plaisir du livre tient aussi à ce double jeu. Les personnages restent des animaux : le coq dort sur un tas de fumier, le chat griffe, le goupil guette les poules. Pourtant, ils vivent comme des seigneurs, des vassaux, des juges ou des plaideurs. Noble le lion tient sa cour. Ysengrin le loup porte plainte. On réclame justice, on prête serment, on menace, on recommence.
Cette société animale ressemble trop à la nôtre pour être innocente. Les grands discours y tournent vite au ridicule. Les prières, les procès et les pardons servent souvent à gagner du temps, à sauver sa peau ou à préparer un nouveau mauvais coup.
Un rire qui grince.
Le Roman de Renart est drôle, mais son rire ne lave pas tout. On admire l'intelligence du goupil, puis l'on se souvient de Chantecler, de Drouin, de tous ceux qui ont payé le prix de ses ruses. Les puissants prétendent rendre justice, les faibles cherchent à s'en sortir et Renart, lui, recommence !
© Le Livre de Poche Jeunesse · Adaptation d'Anne-Marie Cadot-Colin.