Couverture du Rocher tombé du ciel, de Jon Klassen (Pastel / L'École des loisirs).
© Pastel / L'École des loisirs · Texte et illustrations : Jon Klassen.
Titre Le rocher tombé du ciel
Auteur et illustrateur Jon Klassen
Traduction Alain Gnaedig
Titre original The Rock from the Sky
Première publication 2021 (Somerville, Candlewick Press)
Édition française Pastel / L'École des loisirs, 2022
Genre Album, comédie visuelle
Âge indicatif À partir de 6 ans

Thèmes principaux : attente, place, amitié, hasard, danger, étrange, humour pince-sans-rire.

Le mauvais endroit.

La tortue a trouvé son coin de terre. Elle s'y sent bien, au point de déclarer qu'elle ne voudrait se tenir nulle part ailleurs. Le tatou, lui, éprouve un malaise. Il a un mauvais pressentiment, sans pouvoir en dire davantage. Cette inquiétude vague suffit à lancer l'album.

Le lecteur, alerté par le titre et par l'image, comprend très vite que le danger arrive d'en haut. Les personnages, de leur côté, continuent à parler de place, de distance, d'endroit préférable. Le comique naît de ce petit retard. La catastrophe approche, mais la conversation garde son calme obstiné.

Après la chute.

Le livre se compose de cinq parties. Le rocher tombe, puis il reste là. Klassen garde la catastrophe à hauteur de conversation : la tortue grimpe dessus, chute, refuse l'aide qu'on lui propose. Plus tard, elle s'installe avec le tatou pour imaginer l'avenir. Dans cette vision, des plantes ont poussé, une forêt apparaît et une créature venue d'ailleurs traverse soudain la scène.

Les derniers épisodes ramènent les personnages autour du rocher, devant le soleil puis sous la nuit. La question devient très concrète : y a-t-il encore assez de place pour tout le monde ? Rien n'est appuyé. Le livre avance par minuscules déplacements, par regards de côté, par phrases courtes. La tortue s'entête. Le tatou revient. Le serpent, souvent trop loin, voudrait être entendu.

Regarder avant de comprendre.

Les illustrations donnent au récit sa saveur particulière. Les personnages sont petits, presque perdus sur une ligne de sol. Le ciel occupe de larges espaces. Le rocher, énorme et sombre, pèse sur la page avant même de toucher terre. Jon Klassen fait des blancs et des cadrages de véritables ressorts comiques. Les pauses comptent autant que les mots.

À voix haute, l'album devient une petite pièce de théâtre absurde. On entend les silences, les malentendus, les répliques sèches. Le plaisir de lecture vient aussi de la confiance faite aux enfants : ils voient ce qui menace et devinent peu à peu ce qui se joue entre les personnages.

Sous son humour pince-sans-rire, Le rocher tombé du ciel parle de l'entêtement et de la difficulté à partager un espace. Il montre surtout qu'une image peut en dire long quand le texte, lui, fait mine de ne presque rien savoir.

© Pastel / L'École des loisirs · Jon Klassen.