Couverture de Je veux mon chapeau, de Jon Klassen (Milan jeunesse).
© Milan jeunesse · Texte et illustrations : Jon Klassen.
Titre Je veux mon chapeau
Auteur et illustrateur Jon Klassen
Titre original I Want My Hat Back
Adaptation française Jacqueline Odin
Édition française Milan jeunesse, 2012
Genre Album, conte-randonnée, humour noir
Âge indicatif Dès 4 ans

Thèmes principaux : objet perdu, mensonge, écart texte-image, ruse, justice, humour noir.

Un chapeau disparu, un lecteur en avance.

L'ours a perdu son chapeau. Il traverse un décor réduit à quelques herbes et pierres, dans un espace presque abstrait où les animaux semblent posés dans la page. À chacun, il adresse la même question, avec une politesse obstinée. La répétition installe la forme du conte-randonnée : une rencontre, une réponse, puis le chemin qui reprend.

Le dispositif se dérègle pourtant très vite. Quand l'ours interroge le lapin, le lecteur voit aussitôt le chapeau rouge et pointu sur sa tête. L'ours poursuit sa route comme s'il n'avait rien remarqué. L'image prend alors de l'avance sur le texte et c'est au lecteur de faire le lien. Le plaisir vient de cette évidence visible que personne dans l'histoire ne nomme encore.

Quand l'image contredit les paroles.

Le lapin se trahit presque tout seul. Sa réponse est trop longue, trop défensive. Il affirme qu'il ne volerait jamais un chapeau et coupe court aux questions. Le texte lui laisse sa parole en même temps que l'image la rend immédiatement suspecte.

Jon Klassen joue sur une sobriété assez redoutable. Les corps bougent peu. Les regards, en revanche, travaillent beaucoup : un œil de côté suffit à installer le doute. Le chapeau rouge, dans un univers de bruns et de gris, attire l'attention sans qu'un commentaire soit nécessaire. On lit donc dans l'écart entre ce qui est dit et ce qui est montré.

Cette retenue donne à l'album sa force. Les personnages paraissent presque figés, comme s'ils récitaient leurs répliques avec un sérieux absurde. L'histoire avance moins par action que par soupçon. Une parole insiste trop, une page se tait, un détail revient à la mémoire : le lecteur apprend à guetter.

Une chute presque silencieuse.

Le cerf relance tout en demandant simplement à quoi ressemblait le chapeau. Rouge. Pointu. L'ours comprend. Une page entière bascule alors dans le rouge, comme si la mémoire venait de lui sauter au visage. Ensuite, l'album choisit l'ellipse. L'ours accuse le lapin, puis réapparaît coiffé de son chapeau. Le lapin, lui, a disparu.

La dernière scène reprend le motif du mensonge. À l'écureuil qui cherche un lapin portant un chapeau, l'ours répond avec la même insistance suspecte que le voleur de tout à l'heure. Il dit qu'il n'a vu aucun lapin. Il ajoute qu'il ne mangerait pas de lapin. Le livre laisse chacun conclure.

Je veux mon chapeau dépasse ainsi la simple plaisanterie noire. L'album apprend à lire contre les paroles trop assurées et à faire confiance aux images. Il reste drôle. Le chapeau est revenu, mais la justice, elle, garde un arrière-goût étrange.

© Milan jeunesse · Jon Klassen.