Couverture de Mon chat le plus bête du monde, de Gilles Bachelet (Seuil Jeunesse).
© Gilles Bachelet / Seuil Jeunesse.
Titre Mon chat le plus bête du monde
Texte et illustrations Gilles Bachelet
Éditeur Seuil Jeunesse
Année 2004
Distinction Prix Baobab de l'album 2004
Genre Album humoristique
Âge indicatif À partir de 5 ans

Thèmes principaux : humour, écart texte et image, point de vue, lecture, malentendu.

Un animal familier, vraiment ?

Dès le début, le lecteur voit bien que quelque chose cloche. Le maître présente pourtant son compagnon comme un chat « très gros, très gentil et très très bête ». Ce chat a une trompe, des défenses et prend beaucoup de place dans l'appartement. Le récit poursuit sa route sans broncher.

Au fil des pages, l'animal mène une vie domestique presque ordinaire. Il dort sur le canapé, s'installe dans l'atelier, marche sur le travail de son maître et vise mal une litière bien trop petite pour lui. Gilles Bachelet part de gestes familiers aux propriétaires de chats, puis les confie à un corps d'éléphant. Tout change alors d'échelle. Une gamelle paraît minuscule. Une patte sale menace la feuille posée sur la table. Le comique naît de cette disproportion, sans commentaire appuyé.

Quand l'image prend de l'avance.

Le plaisir du livre tient beaucoup à la place donnée au lecteur. On voit ce que le narrateur ne formule jamais. Cette avance crée un rire très direct, mais elle demande aussi une vraie attention aux images. L'album invite à guetter les détails : les portraits invendables de l'animal, sa chute ratée, la souris qu'il n'a jamais vue, puis l'ouvrage sur les chats qui laisse le maître perplexe devant la « race » de son compagnon.

Le texte, très bref, joue la retenue. Il constate, commente, s'étonne à peine. L'image s'occupe du reste. Elle agrandit les conséquences, glisse des clins d'œil et fait entendre ce que la voix narrative manque obstinément. C'est dans cet écart que l'album devient vraiment drôle.

Une bêtise bien partagée.

Le titre accuse le chat. La lecture déplace doucement le soupçon vers son propriétaire, incapable de reconnaître un éléphant dans son salon. Ce renversement donne à l'album plus de tenue qu'un simple gag.

Le ressort comique reste le même tout au long de l'album. Pourtant, la précision du dessin, le rythme des scènes et la cohérence du point de vue maintiennent le plaisir jusqu'au bout. Mon chat le plus bête du monde offre alors une belle entrée dans l'art de l'album. Ici, lire consiste à écouter le texte, puis à laisser l'image lui répondre.

© Seuil Jeunesse · Gilles Bachelet.