Couverture de Zoom, album d'Istvan Banyai (Circonflexe).
© Istvan Banyai / Circonflexe.
Titre Zoom
Auteur-illustrateur Istvan Banyai
Édition française Circonflexe, coll. « Aux couleurs du monde », 1995 ; réédition 2021
Titre et édition originale Zoom, Viking, New York, 1995
Forme Album sans texte
Âge indicatif à partir de 6 ans

Mots-clés : regard, cadre, point de vue, perception, album sans paroles.

Un piège très simple.

Au départ, une crête rouge. La page suivante révèle un coq, puis deux enfants qui le regardent à travers une fenêtre. On pourrait croire à une scène de ferme. C'est pourtant la première farce de l'album : ce que nous prenions pour un lieu réel se révèle bientôt être une ferme miniature, manipulée par une enfant.

Reculer pour mieux voir.

Le livre repose sur ce mouvement unique : chaque image devient le détail de la suivante. La ferme est un jouet. La joueuse devient une image imprimée. Cette image se retrouve entre les mains d'un autre enfant, au bord d'une piscine. Ensuite, le regard continue de reculer. Ce qui paraissait être le centre de l'image n'est plus qu'un fragment d'un nouvel ensemble. De proche en proche, l'album nous fait passer d'une ferme à une ville, d'un paysage désertique à une plage, puis d'un avion à la Terre vue dans l'espace.

Le vertige du cadre.

Zoom n'est donc pas seulement un album à surprise. C'est un livre sur le cadre. Le détail que l'on observe n'est pas faux : il est incomplet. La crête est bien celle d'un coq, la ferme est bien une ferme. L'erreur vient de la distance à laquelle on regarde. Istvan Banyai installe ainsi une drôle de prudence dans le regard. Avant de conclure, il faut attendre la page suivante. Et peut-être encore celle d'après.

L'absence de texte rend cette expérience très directe. Le lecteur n'a pas de phrase pour le guider, pas de narrateur pour lui dire quoi penser. Il regarde, il suppose, il se ravise. Les enfants peuvent y entrer comme dans un jeu d'observation. Les adultes y retrouvent, sans grande théorie, une petite leçon de perception.

À relire dans l'autre sens.

Quand le regard s'éloigne jusqu'à la Terre vue depuis l'espace, difficile de refermer le livre aussitôt. On a envie de repartir dans l'autre sens. La lecture devient alors différente : on ne quitte plus le détail, on le rejoint. Zoom amuse parce qu'il trompe gentiment. Il reste dans la tête parce qu'il montre qu'une image ne dit jamais tout toute seule. Elle attend qu'on lui trouve son cadre.

© Circonflexe · Istvan Banyai.