Motifs principaux : peur du noir, monstre de chambre, coucher, cauchemar, peur apprivoisée.
Pourquoi ce livre ?
Il suffit parfois d'une porte fermée pour que la chambre cesse d'être rassurante. Dans Il y a un cauchemar dans mon placard, le danger se tient tout près, derrière cette porte blanche que l'enfant referme avant de dormir. L'album appartient pleinement aux histoires du coucher. Il retrouve le lit, la lampe, le silence de la maison, puis ce moment fragile où l'obscurité transforme un lieu familier. La peur, ici, n'est pas balayée d'un revers de main. Elle est prise au sérieux.
De quoi s'agit-il ?
Le narrateur se souvient d'un temps où un cauchemar vivait dans son placard. Chaque soir, avant d'aller dormir, il fermait soigneusement la porte. Cela ne suffisait pas. Revenu sous sa couverture, il avait encore peur de se retourner et de regarder. Une nuit, il décide d'en finir. Casque sur la tête, fusil-jouet à la main, il attend. La chambre plonge dans le noir, quelque chose glisse vers lui.
Ce que l'image fait à la peur.
Mercer Mayer ne cherche pas le grand décor fantastique. Tout se joue dans la chambre avec des meubles bien reconnaissables et des jouets abandonnés au sol. Les hachures serrées, les verts sourds, la porte du placard installent peu à peu l'inquiétude. Quand le cauchemar apparaît, son corps envahit presque tout : taches, griffes, grandes oreilles, museau long, bouche ouverte. Pourtant le dessin le rend vite moins sûr de lui. Dès qu'il pleure, la créature effrayante devient encombrante, bruyante, presque gênée d'être là.
Un retournement très concret.
Le garçon commence par jouer au soldat. Mais l'utilisation du fusil ne règle rien. Il ouvre plutôt la vraie bascule du récit. Le cauchemar pleure, l'enfant se fâche, puis il cède. Il lui demande de se taire pour ne pas réveiller ses parents, le prend par la main, l'installe dans le lit et retourne fermer la porte du placard, cette fois avec gaieté. La peur a changé de place : elle n'est plus tapie derrière la porte, elle est sous la couverture.
La force de l'album tient à cette simplicité. Le cauchemar existe pleinement dans le récit. L'apaisement vient du moment où l'enfant le regarde et lui fait une place. La dernière page garde d'ailleurs une pointe d'humour. Il y a peut-être un autre cauchemar dans le placard, mais le lit est vraiment trop petit pour trois. La peur reviendra peut-être. Pour ce soir, elle dort déjà.
© Gallimard Jeunesse · Mercer Mayer.