Motifs principaux : peur, nuit, château, chat noir, suspense, répétition, surprise finale.
Un chemin qui se resserre.
Le récit commence par un pays. Puis il se rapproche : du bois au château, du château à la porte, de la porte aux pièces intérieures. La marche continue jusqu'à une armoire, puis un coin, puis une boîte. L'aventure tient à ce resserrement. À chaque page, le lecteur avance vers un endroit plus caché que le précédent.
Cette construction par emboîtement donne à l'album son efficacité. Chaque lieu en contient un autre, plus secret. Le texte reprend la même formule, « sombre, très sombre ». Cette reprise devient presque une rampe qui guide le parcours. Les enfants entendent la règle du jeu. Ils savent qu'il faut attendre, mais la page suivante garde sa part d'inconnu.
Le chat noir ouvre la marche.
Les mots parlent surtout des lieux. Les images, elles, confient le voyage à un chat noir. Dès la couverture, il regarde le lecteur, installé devant le château. Dans l'album, on le retrouve au pied de l'escalier, près du rideau, devant l'armoire. Il avance, s'arrête, regarde.
Autour de lui, Ruth Brown compose un décor de frisson : bois dense, grande porte, statues, vitrail, rideau épais. Les hachures et les ombres font beaucoup. La peur naît d'une attente qui s'allonge, page après page.
Une boîte, puis un rire.
Ici, tourner la page revient presque à franchir un seuil. En lecture à voix haute, on peut ralentir avant chaque nouveau lieu. La formule répétée apaise un peu. L'image invite à chercher ce qui se cache dans les coins.
La chute change tout. Dans la boîte, au terme de ce parcours solennel, on découvre une souris installée dans son petit lit. Le contraste fait sourire : la grande peur du château aboutit à une présence minuscule. L'album accueille la peur des enfants, la conduit, la cadre, puis la fait basculer du côté du jeu.
Pourquoi le lire aujourd'hui ?
Une histoire sombre, très sombre reste un très bon album pour les premières lectures partagées autour de la peur. Sa limite tient à sa force même : le dispositif est très simple, avec peu d'épaisseur psychologique. On le choisira donc moins pour suivre une intrigue que pour éprouver un rythme, observer les images et sentir comment un livre peut fabriquer du suspense avec presque rien.
À la fin, le lecteur n'a pas seulement trouvé une souris. Il a traversé une petite peur, tenue par la voix, par l'image et par la page tournée.
© Gallimard Jeunesse · Ruth Brown.