Couverture de Verte, de Marie Desplechin (L'École des loisirs).
© Marie Desplechin / L'École des loisirs.
Titre Verte
Autrice Marie Desplechin
Éditeur L'École des loisirs
Première édition 1996
Genre Roman jeunesse : récit de sorcellerie et récit familial à plusieurs voix
Âge indicatif 8-11 ans

Thèmes principaux : sorcellerie, filiation, transmission, identité, famille, amitié, liberté de grandir.

Une fille à qui l'on promet un destin.

Verte a onze ans et ne ressemble pas à la future sorcière dont rêve sa mère, Ursule. Elle ne manifeste aucun enthousiasme pour les brouets empoisonnés, s'intéresse aux garçons de sa classe, voudrait être « normale » et imagine très bien une vie où l'on pourrait se marier. Pour Ursule, c'est presque une catastrophe. Chez les sorcières, le pouvoir se transmet de mère en fille et la transmission du métier semble aller de soi.

Anastabotte, la grand-mère, entre alors en scène. Ursule lui confie Verte une journée par semaine, dans l'espoir qu'elle l'initie sérieusement. Mais Anastabotte ne se contente pas de dresser une apprentie. Elle écoute, rassure, ouvre des possibilités. La sorcellerie devient moins un destin fermé qu'un langage à apprivoiser.

Un roman de voix, pas une simple histoire de sorcières.

La grande réussite de Verte tient à sa construction. Le récit passe de la voix d'Ursule à celle d'Anastabotte, puis de Verte à Soufi, avant de revenir à Ursule. Chacun raconte les mêmes événements depuis son propre point de vue, avec ses peurs, sa mauvaise foi, son humour et ses angles morts. Ce choix donne au roman son mouvement : il ne s'agit pas seulement pour le lecteur de savoir ce qui va arriver mais de comprendre comment chacun interprète ce qui arrive.

La magie, elle aussi, échappe au folklore figé. Elle peut être brutale et inquiétante, comme les expériences d'Ursule, mais aussi drôle, poétique ou réparatrice, comme l'ombre bleue fabriquée par Anastabotte. Elle permet surtout à Verte de chercher son père, Gérard, dont l'absence pesait sur sa vie sans être vraiment expliquée.

Ce que le livre fait vraiment.

Verte raconte donc moins l'entrée d'une enfant dans la sorcellerie que la conquête d'une manière personnelle d'hériter. Verte ne refuse pas les pouvoirs, elle refuse également qu'on décide à sa place de ce qu'ils doivent signifier. Le roman défend une idée fine de l'émancipation qui est qu'on ne se construit pas contre toute filiation mais en transformant ce que l'on reçoit.

La fin, très réconciliatrice, peut sembler rapide : le père retrouvé, la mère adoucie, la famille recomposée autour d'un dîner et de feux d'artifice. Mais cette netteté fait aussi partie du plaisir du livre. Marie Desplechin ne cherche pas le drame familial appuyé. Elle préfère l'ironie, la vivacité et la tendresse. C'est pourquoi Verte reste un roman précieux. Drôle sans être léger, accessible sans être plat, il montre qu'une héroïne peut accepter son héritage sans renoncer à devenir elle-même.

© L'École des loisirs · Marie Desplechin.