Couverture de La Quête d'Ewilan, tome 1, D'un monde à l'autre, de Pierre Bottero (Rageot).
© Pierre Bottero / Rageot.
Titre La Quête d'Ewilan, t. 1 : D'un monde à l'autre
Auteur Pierre Bottero
Éditeur Rageot
Première parution 2003
Genre Roman de fantasy à monde parallèle
Âge indicatif à partir de 10 ans

Thèmes principaux : passage entre deux mondes, identité, filiation, amitié, imagination, responsabilité, héroïsme.

Une traversée qui commence sur un trottoir.

Camille Duciel a treize ans et un esprit qui calcule plus vite que son ombre. Un jour, absorbée par son âge exact en nombre de jours, elle descend du trottoir sans voir le camion qui arrive. Elle devrait être percutée. La voilà pourtant couchée dans l'herbe, au milieu d'une forêt inconnue, près d'un chevalier en armure et d'une créature monstrueuse qui l'appelle « Ewilan ».

Ce premier passage donne le ton. Chez Pierre Bottero, l'autre monde surgit dans une seconde de panique, puis laisse une trace très concrète : une pierre bleue que Camille rapporte dans sa main. Difficile, après cela, de parler de rêve.

Deux adolescents déjà à l'écart.

Avant le monde de Gwendalavir, il y a le collège, la ville, les familles. Camille vit chez les Duciel, ses parents adoptifs, dans une grande maison où l'on surveille les horaires plus qu'on ne donne de tendresse. Elle lit beaucoup et apprend vite. Très tôt, elle comprend qu'il vaut mieux cacher une partie de ce qu'elle sait.

Salim, son ami, apporte au récit son humour et son mouvement. Il habite la cité des Peintres, connaît les humiliations racistes et garde pourtant une manière joyeuse de rester debout. Leur amitié rend l'aventure immédiatement humaine. Quand tout devient étrange, leur façon de se parler reste familière.

Le Dessin, une imagination qui agit.

Peu à peu, Camille découvre que certaines images intérieures peuvent passer dans le réel. Un banc bascule comme elle l'a imaginé. Un tableau de classe se couvre de couleurs. Une rose apparaît dans la cour du collège. En Gwendalavir, ce pouvoir porte un nom : le Dessin.

Le roman installe son vocabulaire sans arrêter l'action. Les Spires, le pas sur le côté, les Ts'liches ou les Marchombres arrivent au fil des rencontres. On apprend avec Camille et Salim, parfois en pleine course, parfois autour d'un feu. Le lecteur n'a donc pas l'impression de recevoir une leçon sur un univers déjà bouclé. Il avance avec deux adolescents qui cherchent encore où ils ont mis les pieds.

Le nom retrouvé.

Le centre du livre tient dans ce changement de nom. Camille apprend qu'elle s'appelle aussi Ewilan Gil' Sayan, qu'elle vient de Gwendalavir, que ses parents ont disparu et qu'un frère, Akiro (Mathieu dans notre monde), doit être retrouvé. Le nom « Ewilan » ne remplace pas Camille d'un coup. Il lui rend une origine, avec ce qu'elle a de précieux et d'écrasant.

Le premier tome avance vite, parfois très vite. Quelques lecteurs pourront se perdre parmi les noms propres. Mais le roman garde toujours une sensation physique de l'aventure : le froid, la faim, la fatigue, la peur. Surtout, il tient par le duo Camille-Salim. Le Dessin serait moins fort sans cette amitié qui l'ancre dans le quotidien.

À mettre en relation avec les récits de passage entre deux mondes, les héroïnes de décision et les romans où l'aventure extérieure devient une conquête de soi.

© Rageot · Pierre Bottero.