Couverture de Mémoires de Fleur. Mon enfance, de Bertrand Santini (Sarbacane) : une petite chienne blanche et rousse, un papillon posé sur son museau, sur fond vert d'eau.
© Bertrand Santini / Sarbacane.
Titre Mémoires de Fleur : Mon enfance
Auteur et illustrateur Bertrand Santini
Première édition française Sarbacane, 2025
Genre Roman illustré, mémoires fictifs
Âge indicatif dès 8 ans

Thèmes principaux : mémoire, récit de soi, mort et deuil, abandon, estime de soi, amitié, adoption et famille choisie, relation humain-animal, maltraitance animale.

Une vie qui semblait ne pas compter.

Fleur écrit ses mémoires parce qu'elle a fini par comprendre qu'une existence minuscule pouvait mériter d'être racontée. Une fourmi, puis un caillou, lui ont appris à regarder autrement ce qui paraît insignifiant. Elle revient donc au tout début de sa propre histoire.

Ce début est sombre. Fleur naît dans une « maison noire », parmi des cages, blottie contre sa mère. Lorsque celle-ci meurt, le chiot ne comprend pas ce qui s'est passé. Elle croit que sa mère a cessé de l'aimer et en conclut qu'elle ne vaut rien. Emportée dans une animalerie, trop jeune pour manger correctement et terrorisée par les humains, elle s'enferme dans cette conviction. Paddock, un vieux perroquet qui visite les cages la nuit, lui donne enfin des mots pour comprendre la disparition de sa mère.

Puis survient Pépé Narbier, quatre-vingt-quinze ans, venu acheter un animal dans l'espoir de « sauver une âme ». La vendeuse lui présente Fleur comme un hamster de Patagonie. Il la croit, l'adopte, puis découvre chez le vétérinaire qu'il a ramené chez lui une petite chienne maltraitée. Il lui donne un nom, Fleur. Il lui donne surtout une place où elle peut se sentir en sécurité.

Comprendre le monde comme Fleur.

Le récit doit beaucoup à la voix de sa narratrice. Fleur raisonne avec l'expérience d'un très jeune être, tout en percevant le monde en tant que chien. Les odeurs l'informent, son corps réagit avant qu'elle ait compris. Le lecteur, lui, saisit souvent plus tôt ce qui se joue. C'est de cet écart que naît une bonne part du rire et de l'émotion.

Fleur peut ainsi prendre un écureuil pour un oisillon sans ailes ou trouver logique qu'un chaton veuille « jouer » en la mordant. Les mêmes décalages rendent accessibles des réalités plus douloureuses, comme la peur de l'abandon ou la mort.

Les dessins en noir et blanc suivent ce mouvement. Les petites vignettes soutiennent volontiers les gags. Certaines images s'ouvrent davantage quand le récit ralentit autour d'un souvenir ou d'une absence.

Ce que les souvenirs gardent vivant.

Chez Pépé, Fleur découvre le bonheur et apprivoise peu à peu ses peurs. Elle rencontre aussi Gurty, une autre petite chienne qui devient sa meilleure amie. Les lecteurs de Bertrand Santini la connaissent déjà. Mémoires de Fleur inverse le point de vue. Un personnage jusque-là vu par Gurty prend cette fois la parole pour raconter sa propre histoire.

Cette nouvelle vie n'efface pourtant pas ce que Fleur a perdu. Le « Je me souviens… » qui revient d'un chapitre à l'autre devient le véritable fil du livre. Les souvenirs heureux côtoient ceux qui font encore mal. Fleur apprend peu à peu qu'on peut continuer à aimer quelqu'un qui n'est plus là.

L'épisode des papillons pousse cette idée jusqu'au bout. Fleur comprend que les disparus continuent d'habiter la mémoire de ceux qui restent. La dernière image du cache-cache donne à cette consolation une forme simple, accessible à un jeune lecteur.

Le récit formule parfois très clairement la leçon à retenir, au risque de laisser moins de place à l'interprétation. Sa force se trouve surtout dans la voix de Fleur, drôle et vulnérable. Ses mémoires finissent ainsi par prouver ce qu'elle pressentait dès le début : une petite vie peut contenir assez d'amour, de peur et de souvenirs pour mériter un livre.

Pour aller plus loin.

© Sarbacane · Bertrand Santini.