Thèmes principaux : lecture, injustice, école, intelligence, résistance, pouvoir des enfants, adultes maltraitants.
Une toute petite fille avec un livre sur les genoux et, tout autour d'elle, des adultes qui regardent ailleurs. Voilà, au fond, le point de départ de Matilda. Dans la maison des Verdebois, la télévision fait plus de bruit que les conversations, le père trafique des voitures d'occasion, la mère passe ses après-midis au loto. Matilda, de son côté, lit. Elle lit parce que les livres lui donnent de l'air.
Dès les premières pages, Roald Dahl force le trait avec un plaisir évident. À trois ans, Matilda apprend seule à lire. À quatre ans, elle traverse le village pour rejoindre la bibliothèque. Mme Folyot lui ouvre les rayons, puis les grands romans. Dickens, Brontë, Austen, Hemingway : la liste a quelque chose d'invraisemblable, presque comique. Mais ce n'est pas la performance qui compte le plus. Ce qui touche, c'est cette petite chambre devenue salle de lecture, ce chocolat chaud, cette vie intérieure construite en secret dans une famille où personne ne l'encourage.
Le roman avance ensuite par petites revanches. Matilda ne peut pas affronter ses parents de face. Elle est trop petite, trop seule. Alors elle ruse. Le chapeau collé à la superglu, le perroquet caché dans la cheminée, la teinture qui jaunit les cheveux du père. Ces épisodes relèvent de la farce et ils font rire. Ils disent aussi autre chose. Quand les adultes humilient, mentent ou écrasent, l'intelligence de l'enfant devient une façon de respirer.
L'école pourrait être un refuge. Elle l'est à moitié seulement. Mlle Candy voit très vite l'exceptionnelle intelligence de Matilda et lui offre enfin le regard juste qui lui manquait. Mlle Legourdin, au contraire, transforme l'école en terrain de terreur. Roald Dahl ne cherche pas la nuance. La directrice est grotesque, brutale et excessive. Mais cette exagération fait partie de la poétique du livre car l'injustice y est si énorme qu'elle appelle une riposte à sa mesure.
Le pouvoir de Matilda surgit alors au bon endroit. Faire bouger les objets par la vue n'est pas seulement une trouvaille fantastique. C'est l'énergie d'une enfant empêchée qui finit par sortir. Ce pouvoir disparaît une fois Matilda placée dans une classe adaptée pour elle. Le miracle n'était pas une fin en soi. Il signalait juste un déséquilibre.
Classique désormais, Matilda reste un roman vif, parfois féroce, sur la lecture, la justice et le droit des enfants à être pris au sérieux.
© Gallimard Jeunesse · Roald Dahl · Quentin Blake.