Motifs principaux : serpent, ligne, regard, solitude, amitié, relecture, peur apprivoisée.
Une rencontre au bout d'un corps.
Un matin, un enfant découvre la queue d'un serpent. Il la pince et entend un cri venu de loin. Le voilà donc parti à la recherche de la tête de l'animal. Le corps du serpent traverse la maison, le jardin, les rues, la forêt et les champs, jusqu'à l'entrée d'une grotte. La rencontre pourrait tourner à la menace. Elle devient conversation. Le serpent accepte de pardonner si l'enfant reste un moment avec lui. Il se sent seul.
C'est ici que l'album change de profondeur. L'enfant raconte au serpent ce qu'il a vu en chemin. Ce grand corps que l'animal vit comme un fardeau rend en réalité service à ceux qui l'entourent. Ici, il protège une herbe fragile. Là, il soutient la tête d'un voyageur endormi. Ailleurs encore, il rassemble, abrite, accompagne. Le serpent découvre qu'il compte pour les autres sans l'avoir su.
Un album qui se relit.
Le dispositif est très simple et c'est sa force. Dans le format à l'italienne, le serpent devient une ligne qui conduit l'œil d'une double-page à l'autre, débordant du cadre des illustrations. Elle organise l'espace, donne envie d'avancer, puis invite à revenir en arrière. Car l'album se relit. Ce que l'on avait pris pour un chemin se révèle plein de scènes discrètes. Le lecteur comprend après coup que les images racontaient déjà une autre histoire, presque cachée.
Une peur déplacée vers l'amitié.
Le grand serpent pourrait faire peur. Sa taille, son cri, la grotte où il vit installent d'abord une inquiétude légère. Mais, à l'instar de La chambre du lion, Adrien Parlange déplace cette peur vers une émotion plus fine. L'animal n'est pas un monstre à vaincre. C'est un être isolé qui a besoin qu'on lui dise ce qu'il ne peut pas voir de lui-même. L'enfant promet de donner des nouvelles. La croix tracée sur la peau du serpent devient un signe minuscule et très fort : quelqu'un est là.
Le Grand Serpent est une belle réussite parce qu'il unit une histoire immédiatement lisible et une construction d'album très travaillée. Il demande peu de mots et beaucoup d'attention, puis laisse au lecteur le plaisir de découvrir, à la deuxième lecture, ce que la première avait laissé passer.
© Albin Michel Jeunesse · Adrien Parlange.