Couverture de Quelques minutes après minuit, de Patrick Ness (Gallimard Jeunesse, Folio Junior).
© Gallimard Jeunesse · Couverture : Jim Kay.
Titre Quelques minutes après minuit
Auteur Patrick Ness (d'après une idée originale de Siobhan Dowd)
Traduction Bruno Krebs
Titre original A Monster Calls
Illustrations Jim Kay
Première publication 2011 (Londres, Walker Books)
Édition française Gallimard Jeunesse, coll. Folio Junior, 2016
Genre Roman fantastique, récit de deuil
Âge indicatif À partir de 11 ans

Thèmes principaux : peur, maladie, colère, deuil, vérité, monstre, relation mère-fils.

Un garçon trop seul.

Conor a treize ans. Sa mère est gravement malade. À la maison, il fait ce qu'il peut : il prépare son petit déjeuner, range, surveille les signes de fatigue, essaie de ne pas poser les questions qui feraient trop mal. Son père vit en Amérique avec une nouvelle famille. Sa grand-mère, très différente de lui, commence à organiser la suite, comme si l'avenir était déjà décidé.

À l'école, la situation n'est pas plus simple. Conor est harcelé par Harry et ses camarades. Les professeurs, eux, veulent se montrer gentils, mais leur compassion le met à part. Tout le monde sait que sa mère est malade. Tout le monde le regarde autrement. Peu à peu, Conor a l'impression de devenir invisible.

C'est dans ce moment-là que le monstre arrive.

Un monstre qui raconte.

Le monstre ne vient pas d'abord pour attaquer Conor. Il lui annonce un marché étrange : il racontera trois histoires, puis Conor devra en raconter une quatrième. Cette dernière devra être vraie.

Les histoires du monstre ressemblent à des contes. On y croise un prince, une reine, un guérisseur, un pasteur. Pourtant, elles ne fonctionnent pas comme des contes ordinaires. Le personnage qu'on croyait innocent peut se révéler coupable. Celui qu'on jugeait mauvais peut mériter d'être sauvé. À chaque fois, Conor croit comprendre la leçon, puis le récit lui échappe.

C'est ce qui rend le roman si prenant. Le monstre ne donne pas de réponse toute faite. Il oblige Conor à regarder les choses de plus près, même quand elles sont injustes, contradictoires ou douloureuses.

La vérité la plus difficile.

Le vrai cauchemar de Conor n'est pas l'arbre qui marche. C'est une pensée qu'il garde pour lui et dont il a honte. Il aime sa mère de toutes ses forces, mais il est aussi épuisé par l'attente, la maladie et la peur. Une part de lui voudrait que la souffrance s'arrête. Il prend cette pensée pour une faute.

Le roman avance vers ce point avec beaucoup de délicatesse. Il ne demande pas à Conor d'être courageux comme dans les discours d'adultes. Il lui apprend plutôt à distinguer ce qu'on pense dans la douleur et ce qu'on fait réellement. Une pensée peut faire peur sans faire de nous un monstre.

Quelques minutes après minuit est un livre dur, mais très juste. Le fantastique y sert à rendre visible ce qu'un enfant ne parvient pas encore à dire.

© Gallimard Jeunesse · Patrick Ness, d'après Siobhan Dowd.