Couverture de L'Enfant Océan, de Jean-Claude Mourlevat (Pocket Jeunesse).
© Pocket Jeunesse · Couverture : Christian Heinrich.
Titre L'Enfant Océan
Auteur Jean-Claude Mourlevat
Éditeur Pocket Jeunesse
Première publication 1999
Couverture Christian Heinrich
Genre Roman jeunesse, libre variation autour du Petit Poucet
Âge indicatif À partir de 10 ans

Thèmes principaux : fratrie, fuite, violence familiale, conte réécrit, point de vue, solidarité, océan.

Un conte sous la pluie.

Dès l'ouverture, L'Enfant Océan regarde vers Le Petit Poucet. La première partie reprend une phrase de Perrault et la ferme des Doutreleau se situe au lieu-dit « Chez Perrault ». Le lecteur comprend qu'il croisera sept enfants, une fuite nocturne, une peur d'ogre. Pourtant, le roman installe aussitôt une matière très concrète.

Tout commence dans la voiture de Nathalie Josse, assistante sociale. Elle ramène chez lui Yann Doutreleau, dix ans, très petit, silencieux, habillé de vêtements trop vieux. Dehors, la pluie tombe sans répit. À l'arrivée, la ferme apparaît sale et hostile. La mère tient une poêle à frire, le chien aboie, la boue colle aux chaussures. Le décor suffit à faire sentir le danger.

Une histoire à recomposer.

Dans la nuit, Yann réveille ses six frères, trois paires de jumeaux plus âgés que lui. Il faut partir avant le matin. Les enfants quittent la ferme, montent dans un camion, passent par des routes puis par des gares. Leur but tient dans un mot immense : l'Océan.

Jean-Claude Mourlevat raconte cette fuite par éclats. Des adultes croisés au fil de la route aperçoivent les enfants, parfois sans comprendre ce qu'ils voient. Les frères prennent aussi la parole. Le lecteur avance donc comme eux, avec des fragments et des soupçons, souvent en retard sur ce qui s'est joué. Peu à peu, l'histoire se rassemble.

Yann, au centre, parle à peine. Il désigne une direction, guette la lumière, décide souvent avant les autres. Ses frères le suivent parce qu'il semble savoir. Le plus fragile devient le guide, sans discours héroïque. Sa force tient à une attention très aiguë aux signes : la route de l'ouest, le moment où il faut disparaître, l'appel de l'Océan.

Plein ouest.

Les marques du conte sont bien là mais elles changent de matière. Les cailloux blancs deviennent les phares d'un camion, des billets subtilisés, une voie ferrée. La maison dangereuse prend la forme d'une villa fermée, presque vide, où les enfants restent prisonniers.

Quand Yann prend enfin la parole, le départ s'éclaire autrement. Il a entendu son père menacer de tuer sept chatons nouveau-nés. Cette révélation rend le roman plus trouble. Yann a entraîné ses frères très loin, au nom d'une vie plus faible encore que la sienne.

L'Enfant Océan est un livre rude. La misère et la violence familiale appellent une lecture accompagnée. Jean-Claude Mourlevat ne force pourtant pas l'émotion. Il laisse parler les témoins, puis confie au lecteur le soin de relier les traces. À la fin, Yann ne rentre pas. Il poursuit sa route, sur un bateau. Plein ouest.

© Pocket Jeunesse · Jean-Claude Mourlevat.